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Guadalupe : l’impact social et historique

Guadalupe : l’impact social et historique

Après avoir posé l’énigme de la Guadalupe dans un article précédent, il me paraît utile d’en cerner l’impact sociologique et politique. Si les interventions divines ou – dans le pire des cas – extrahumaines ont un but, nous pouvons les évaluer à leurs effets.

Près de cinq siècles après les événements, nous pouvons prendre la mesure de l’impact du contact entre l’Indien Cuauhtlatoazin – Juan Diego – et celle qui s’est présentée à lui comme la mère de Dieu…

Nous avons tous une représentation fantasmée des événements passés, fruit de la production télévisuelle et cinématographique.

En ce qui me concerne – peut-être êtes-vous comme moi ? – l’arrivée des Conquistadors en Amérique latine se présente comme l’irruption de brutes sanguinaires, un mousquet dans une main, une Bible dans l’autre, massacrant un maximum d’Indiens pour mieux piller leurs richesses.

Il en va tout autrement de l’arrivée du Mayflower – quel joli nom qui nous rappelle les années insouciantes ! – en Amérique du Nord en 1620. Songez donc : de pauvres persécutés arrivant sur une terre promise pour y fonder un monde de liberté. Un programme de rêve !

C’était le temps des fleurs…

Cortez d’un côté, le temps des fleurs de l’autre. Entre les deux, il n’y a pas photo. Pourtant, si l’on juge l’arbre à ses fruits, la réalité est bien différente.

Dans ce gigantesque laboratoire historique que fut la conquête des Amériques, nous avons deux versions totalement contradictoires de l’impact d’un contact entre deux cultures.

– D’une part, nous trouvons les Réformés fuyant l’Europe au Nord et rencontrant des tribus indiennes.

– De l’autre les Espagnols rencontrant d’autres tribus indiennes au Mexique avec – impact supplémentaire – l’intervention de la Guadalupe.

Comparons les deux.

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1. L’Amérique du Nord

Dans son livre Extraterrestres contact et impact, Christel Seval résume ainsi la situation pour le nord de l’Amérique :

« Un génocide, doublé par la suite d’une politique d’assimilation ethnocidaire, reste présent dans les mémoires : celui des Indiens d’Amérique du nord. Faisons juste un rappel :

Avant l’arrivée des Européens, il y a 2 000 langues indiennes, et 12 millions d’individus en Amérique septentrionale. La notion de différence est étrangère à la pensée indienne : l’étranger, l’inconnu, tout cela a un sens parce qu’il fait partie de l’univers dont fait partie l’Indien. Ainsi, la société indienne n’est pas ethnocidaire parce qu’elle ne peut l’être, sauf à se nier et à s’exclure de l’unité harmonieuse et équilibrée de l’univers qui est la condition de sa propre existence. De même, la notion de propriété, originellement du moins jusqu’à l’arrivée des visages pâles, est totalement étrangère à la pensée indienne, elle est inconcevable. C’est pourquoi, au début, les Indiens n’ont pas disputé aux Blancs le droit de s’installer sur des terres dont ils n’étaient pas propriétaires et qu’ils les ont même aidés.

Lors de la conquête, les Amériques, bien que peuplées, ont été considérées par les Occidentaux comme des espaces vierges présentant une double valeur : leurs ressources naturelles nécessaires au développement de l’industrie et du commerce, et leur espace vide qui s’offrait à une conquête de peuplement. D’emblée, les Européens ont relégué l’Indianité dans la non-humanité, parce qu’elle était située dans la préhistoire et dans la non-civilisation et qu’elle faisait obstacle au progrès. L’histoire démontre et dénonce ce constat : depuis cinq siècles, on n’a épargné aux Indiens aucune raison de mourir. On les a exploités commercialement et politiquement, les jetant les uns contre les autres dans des guerres intestines, volontairement suscitées par les Blancs à des fins mercantiles ou impérialistes ; dépouillés de la quasi-totalité de leurs territoires, employant à cette fin les moyens les plus cyniques ou les plus brutaux, bafouant ouvertement la parole donnée et les traités signés ; déportés massivement ; christianisés de force ; privés, toujours par la contrainte, de leurs coutumes, de leurs traditions, de leurs croyances et cosmogonies, de leur culture ; déracinés et dépossédés de leurs lieux de mémoire ; privés de leur identité individuelle et collective en procédant au viol des squaws, à l’enlèvement de leurs enfants ; abrutis d’alcool pour les dégénérer ; dépossédés de leur savoir-faire économique et artistique traditionnel ; rendus honteux d’eux-mêmes, de leur Indianité… Bref, on leur a infligé un génocide et un ethnocide systématiques qui se poursuivent de nos jours. En 1930, il n’y avait plus que 500 000 Indiens, soit, par rapport à la population existante avant l’arrivée du premier colon, une chute vertigineuse de 96 %.

Le général Sherman déclarait ingénument dans une lettre adressée à un fameux tueur d’Indiens, Buffalo Bill : Autant que je peux l’estimer, il y avait, en 1862, environ 9 millions et demi de bisons dans les plaines entre le Missouri et les montagnes Rocheuses. Tous ont disparu, tués pour leur viande, leur peau et leurs os (…). À cette même date, il y avait environ 165 000 Pawnees, Sioux, Cheyennes, Kiowas et Apaches, dont l’alimentation annuelle dépendait de ces bisons. Eux aussi sont partis, et ils ont été remplacés par le double ou le triple d’hommes et de femmes de race blanche qui ont fait de cette terre un jardin et qui peuvent être recensés, taxés et gouvernés selon les lois de la nature et de la civilisation. Ce changement a été salutaire et s’accomplira jusqu’à la fin.

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Les Indiens d’Amérique du nord ne sont plus qu’une poignée de survivants déchus, voués à se fondre tôt ou tard dans la population qui les a supplantés. »

2. L’Amérique centrale

Il suffit de se promener n’importe où en Amérique centrale pour constater que les choses se sont déroulées de toute autre manière. La majorité de la population est composée de métis, preuve flagrante qu’il n’y a pas eu génocide mais assimilation, intégration ou métissage, selon le terme qui vous convient le mieux.

De même, les villes mexicaines regorgent de monuments qui attestent d’une indéniable richesse culturelle. On a parfois de la peine à réaliser qu’on n’est pas sur le vieux continent. Rien à voir avec l’infrastructure résolument ultramoderne des États-Unis.

Et la Guadalupe ?

Quel rapport avec la Guadalupe me demanderez-vous ? J’y arrive.

Si le Christianisme s’implanta en Gaule, en douceur, sans effusion de sang ni opposition fanatique du peuple gaulois, il en fut de même quinze siècles plus tard, au Mexique où les Indios étaient prédestinés à recevoir le Rédempteur.

Dans un livre touffu, dense et, il faut le reconnaître, difficile à lire bien que fort intéressant (nul n’est parfait), La signature du Dieu-trine de Jean G. Bardet [1], on peut lire quelques phrases tirées des légendes qui avaient cours vers le Xe siècle de notre ère concernant Quetzalcoatl.

« Vous allez être stupéfaits de ce proto-évangile :

Quetzalcoatl [2]
, le « Serpent à plumes » (à deux natures donc) s’est – à cette époque – changé en « homme blanc », lequel déclare : « Je vous donnerai la science du péché et de la Rédemption ». Il portait une grande croix et disait : « Vous observerez ce signe. Cet Arbre est la Vérité et la Vie. La branche centrale unit le Ciel et la terre. Un de ses bras est amour, l’autre douleur ». Il insistait : « C’est le véritable Arbre de l’Univers… une croix aux bras ouverts à l’amour et à la souffrance ».

Aux Toltèques – jusqu’ici en lutte tribale – il déclarait : « Je n’ai pas de peuple élu. J’aime ceux qui sont arrivés les premiers, et j’aime ceux qui sont arrivés les derniers – A tous je donne le même salaire ».

Il refusait de continuer les sacrifices humains – jusqu’ici rituels – et ne sacrifiait que des couleuvres, des oiseaux, des papillons, mais faisait couler son propre sang !…

(…)

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On sait que, par prémonition, les Aztèques étaient prévenus de l’arrivée des hommes blancs. Moctézuma (roi des Aztèques lors de la conquête espagnole) accueillit Cortes par ces mots :

« Viens t’asseoir sur ta natte, ton siège que j’ai gardé pour toi ».

Tout ceci est inimaginable sans prédestination spirituelle, qui va se concrétiser grâce à Marie.

Marie est apparue au Mexique, en 1531, se déclarant la « Mère des Indios ». En 1542, Charles-Quint édictera les Nouvelles lois des Indes qui faisaient des Indiens de libres sujets de la Couronne. Le Pape Paul III, dès 1537, avait déjà déclaré que les Indiens, doués de raison, étaient destinés à devenir « fils de Dieu », par le baptême.

Ainsi, toute l’Amérique latine, au sud du Rio Bravo (plus exactement de Matamoros à San Diego) fut préservée du génocide, lequel fut pratiqué en Nouvelle-Angleterre par les Réformés au siècle suivant.

Seuls en Amérique, latine et catholique, les Indiens ont survécu, non point parqués en des « réserves » comme des animaux, mais en hommes libres. Ils ont mêlé leur sang à celui des Conquérants, à l’image du visage de l’Apparition qui est à la fois – selon la distance et l’angle de vue – rose et brun.

Une différence saisissante

Il y a de nos jours au Mexique 10 % d’Européens et Créoles, 30 % d’Indiens et 60 % de Métis. Ces chiffres soulignent la victoire de Marie sur la Réforme qui venait de disqualifier la Chrétienté.

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Ajoutons que les Amérindiens du nord, privés de leurs dieux, se sont en plus laissés mourir ; et ce furent des Africains qui les remplacèrent à la suite d’une « traite des Noirs » qui reste la honte des USA. D’où l’action du Pasteur Martin Luther King pour obtenir, avec quatre siècles de retard, ce que le Pape avait reconnu aussitôt ! »

Querelle d’experts

Les historiens apprécient avec beaucoup de nuances l’impact de l’apparition de la Guadalupe sur les conséquences de la conquête, mais un fait est là : six ans après l’apparition, les Indiens sont considérés comme des êtres humains à part entière.

J’ai eu l’occasion de lire des textes très critiques sur Juan Diego et la Guadalupe. Je pense notamment aux écrits de l’historien Serge Gruzinski qui, dans son livre La guerre des images (Fayard, 1990) nie toute existence à Juan Diego tout en éludant totalement le mystère de la Tilma.

On peut certes discuter les mille et une raisons qui ont poussé les conquérants à agir de telle ou telle manière, réévaluer l’importance des mythes et analyser l’histoire sous ses multiples aspects. C’est le rôle logique et nécessaire de l’historien.

Pseudo-objectivité et ravages de l’idéologie

Là où je reste dubitatif, c’est quand, par pure idéologie, ou parce que certains faits paraissent inconcevables, on les élude et on fait comme si de rien n’était.

Exit la Tilma, l’incorruptibilité du fragile tissu, le mystère des pigments et plus encore les étranges reflets dans les yeux de l’apparition, sans parler les miracles qui ont eu lieu en relation avec cette relique. Le mystère n’existe pas aux yeux de l’historien. Peut-être simplement parce qu’il est inconcevable. Car c’est bien vrai et il faut raison garder : nous sommes au XXIe siècle et c’est aujourd’hui le matérialisme qui accomplit des miracles. Il suffit de regarder l’état du monde pour s’en convaincre…

« En fait, Juan Diego n’a jamais existé », affirme le même Serge Gruzinski, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes du Mexique, qui pense que le mythe de Juan Diego a été créé par l’Église au XVIIe siècle pour évangéliser les indigènes. Dans son livre précédemment cité, il tente de montrer comment, à cette époque, l’Église a entrepris d’indianiser le surnaturel chrétien et de forger un passé destiné à fonder l’identité d’une société nouvelle pour en arriver à la canonisation de Juan Diego par Jean-Paul II il y a quelques années.

« Cette canonisation marque la défaite de la rationalité, déplore-t-il. Nous, les historiens, avons été incapables d’imposer une évidence. L’Église a été la plus forte. Et pourtant, même les historiens ecclésiastiques reconnaissent que faire remonter les prétendues apparitions de Juan Diego à 1531 constitue un contresens historique. En 1531, l’évêque de Mexico, Fray Juan de Zumarraga, un rationaliste, grand admirateur d’Erasme, détestait les apparitions (NDLR :voir Miralces et Eglise de France, dans ce même article). C’est la première fois, depuis Vatican II, où l’on a expurgé du martyrologue les saints dont l’existence était la plus contestée, que l’on assiste à un tel retour en arrière ! »

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Il est bien évident que l’hyper rationalisme de l’historien transpire et influence ses travaux. Depuis le XVIIIe siècle, l’idéologie des Lumières ne cesse de progresser avec son cortège de bienfaits, mais aussi ses côtés obscurs qui n’en sont pas moins évidents à qui veut se donner la peine de les scruter.

Trop de Lumière… rend aveugle

Certes, on peut déplorer, comme Gruzinski quelque peu ébloui, semble-t-il, par un excès de Lumières, certains « retours en arrière ». On peut aussi, comme Guillermo Schulemburg Prado, ancien père supérieur de la basilique de la Guadalupe, regretter l’excès de dévotion quasi superstitieuse autour de la relique. Ce sont des attitudes louables et parfaitement justifiées. Mais faut-il pour autant nier la réalité du miracle ?

Faut-il pousser la (mauvaise) bonne foi jusqu’à nier des faits vérifiables, incontestables comme le sont les miracles pour faire rentrer les faits dans le moule de l’idéologie, au nom de la sacro-sainte Raison ? Faut-il aller jusqu’à sacraliser la mauvaise foi pour nier les manifestations de la vraie foi ?

La question est posée. La réponse peut attendre…

Raison garder…

Le Mexique est un pays de grande dévotion. C’est un fait. Mais il faut aussi voir le côté négatif des choses et ne pas se conduire comme les borgnes d’esprit qui ne considèrent que les aspects favorables à leur idéologie). Dans ce pays, l’Église est parvenue au début du XIXe siècle à posséder la moitié des propriétés foncières. Les excès d’un clergé ignorant et ambitieux, pratiquant parfois même la magie, y provoquèrent des réactions d’une violence incroyable. Des révolutions successives contre l’Église catholique aboutirent à la Constitution de 1917 ordonnant la confiscation de ses biens (on se souvient du dynamitage de la basilique de la Guadalupe dont il a été question dans le précédent « Parasciences »). Quand, en 1926, le président Calles voulut se conformer à cette constitution, le pape Pie XI ordonna une grève catholique de trois ans et essaya d’entraîner les États-Unis dans une intervention militaire…

Tout n’est pas rose au pays de la Guadalupe ! À part les fleurs de Juan Diego, naturellement !

Oh ! Marie …

L’anecdote rapporte qu’au moment de l’élection incertaine de George Bush contre Al Gore en 2000, Jef Bush (le frère du visionnaire de la Maison Blanche) partit au Mexique et invoqua le secours de Notre Dame de Guadalupe. (source « Golias »)

 

Notes

[1Jean-G. Bardet La signature du Dieu-Trine Editions de la Maisnie (épuisé)

[2Un chef toltèque de la période post-classique était appelé Quetzalcoatl, il s’agit peut-être du même individu connu sous le nom de Kukulcan et qui envahit le Yucatan à la même période. Les Mixtèques eurent aussi un chef nommé le serpent à plumes. Au Xe siècle, un chef étroitement associé à Quetzalcoatl, Topiltzin Ce Acatl Quetzalcoatl, régnait sur les Toltèques. On prétendait qu’il était le fils du grand guerrier chichimèque Mixcoatl et de la déesse Colhuacano Chimalman, ou leur descendant.

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Jean-Michel Grandsire

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