Espace-tempsThéoriesUfologie

Le paradoxe de Fermi

Extrait de son dernier livre « Contact et impact »

Un peu de science et de logique ne peut nous faire de mal !
Surtout si c’est pour mettre en lumière un fait paradoxal :
La logique voudrait que nous fassions partie d’une « grande fraternité cosmique », ou tout au moins que nous soyons, depuis bien longtemps, en contact avec des extraterrestres.
Ce qui échappe au bon sens, c’est que nous restions isolés…
Christel Seval s’attaque au paradoxe.

Mon livre Contact & Impact aurait pu s’intituler : Pourquoi les extraterrestres ne se révèlent-ils pas ? Ou bien encore : Le ridicule paradoxe de Fermi.
Enrico Fermi (1) est un physicien italien connu pour son prix Nobel obtenu en 1938 et pour la paternité de la première réaction nucléaire en chaîne expérimentée en 1944. En outre, son nom est devenu célèbre pour une petite anecdote qui a fait le tour du monde, anecdote connue sous le nom – donné par l’astronome Carl Sagan – de paradoxe de Fermi.
L’anecdote prit place en 1950, cinq ans avant la mort de l’illustre physicien, alors que Fermi travaillait au laboratoire national de Los Alamos. Entouré de collègues, tous d’éminents physiciens, il se rendait au réfectoire du laboratoire tout en devisant à propos d’un dessin d’Alan Drun paru dans le New Yorker, une caricature montrant des extraterrestres humanoïdes descendant de leur soucoupe les bras chargés de poubelles municipales de New York, illustrant avec humour le vol incompréhensible de ces objets d’utilité publique. Fermi demanda à Edward Teller (2), le concepteur de la bombe thermonucléaire à hydrogène, de fournir une probabilité d’apparition d’un artefact voyageant plus vite que la lumière dans les dix ans à venir, sous entendant un objet de conception extraterrestre. Teller pronostiqua un chiffre très faible que Fermi, quant à lui, multiplia par 100 000 en avançant le chiffre de 10 % de probabilité. Au cours du repas, alors que le sujet était clos, Fermi se redressa en s’écriant mais où sont-ils ? ce qui, paraît-il, fit rire l’assemblée. Leo Szilard, chercheur d’origine hongroise, répondit alors avec humour qu’ils sont peut-être parmi nous, mais se font appeler Hongrois (3).

2015-05-3870BE24-570D-414A-9D42-A9A1D125EC28

Un raisonnement logique

Entre l’énoncé du problème et sa surprenante chute en forme de questionnement, et, pour ainsi dire, entre la poire et le fromage, Fermi avait échafaudé le raisonnement suivant :
Posons qu’une race ait les moyens de se déplacer à 1 % de la vitesse de la lumière – une vitesse assez lente puisque notre technologie sera probablement capable de l’atteindre dans un futur rapproché. 500 ans plus tard, elle atteint un système solaire proche et viable. Au bout de cinq cents nouvelles années – ce qui simplifie le calcul mental – elle est à nouveau en mesure de lancer des expéditions vers d’autres mondes et selon les mêmes paramètres. En définitive, un front d’onde de colonisation se propage à la vitesse de 0,5 % de la vitesse de la lumière. La voie lactée mesurant 100 000 années lumière de diamètre, la colonisation complète aboutit au terme de vingt millions d’années seulement, ce qui représente à l’échelle cosmique une période relativement courte. Si l’on se fonde sur l’âge des étoiles, dont les plus vieilles affichent une existence stable depuis dix milliards d’années, il apparaît que la galaxie devrait être entièrement colonisée, et ce depuis fort longtemps. Ce qui n’est manifestement pas le cas, à moins que nous ne donnions à la colonisation une définition plus subtile, ce qui est discuté dans mon livre.

L’astronome Michael Hart stipula en 1975 que, puisque la colonisation a une probabilité forte de se produire, l’unique conclusion à laquelle on peut aboutir est que l’homme est une créature esseulée dans la galaxie. Le physicien Franck Tipler ajouta que si aucune civilisation ne cherche à envahir la galaxie, il serait étonnant qu’aucune sonde n’ait été lancée. C’est à la suite de ces deux articles, que l’astronome Carl Sagan utilisa le terme de paradoxe.
Qu’on évoque la colonisation ou le lancement de sondes, voire de signaux, dans la galaxie, ce qui est à la base du raisonnement de Fermi, on postule une vie extraterrestre intelligente dont la probabilité d’apparition n’est pas tout à fait inconnue : elle est donnée par la célèbre formule de Drake.

La formule de Drake

En 1959, un article intitulé Searching for Interstellar Communications, de la revue britannique Nature, présentait l’idée que des télescopes radio pouvaient devenir suffisamment sensibles pour capter les signaux radio d’éventuelles civilisations évoluant autour d’étoiles distantes. Deux chercheurs suggéraient que de tels messages pourraient être émis sur une longueur d’onde particulière de 21 centimètres (1,420.4 mégahertz). Cette longueur d’onde caractérise l’émission de l’hydrogène neutre, l’élément le plus commun dans l’univers. Il semblait logique aux scientifiques que des civilisations avancées utilisent ce point de repère judicieux du spectre radio.
En 1960, l’astronome Francis Drake devenait la première personne à effectuer une recherche systématique de signaux intelligents en provenance de l’univers. Drake utilisait pour son travail le télescope radio de 25 mètres de diamètre de l’Observatoire National de Green Bank. Il écouta ainsi deux étoiles similaires à notre Soleil, Epsilon Eridani et Tau Ceti. Son projet, dénommé Ozma, était peu onéreux, simple à mettre en oeuvre, malheureusement il fut un échec. Convaincu de l’existence d’une forme de vie extraterrestre depuis l’enfance, Drake ne pouvait pas accepter l’idée que notre civilisation soit la seule dans l’univers. En 1961, après plusieurs débats sur les perspectives d’une recherche d’une forme de vie extraterrestre intelligente, il présenta son équation :

N = R x fp x ne x fl x fi x fc x L

Cette équation exprime le nombre N de civilisations, observables depuis la Terre, qui existent dans notre galaxie, la Voie Lactée. N est une multiplication de plusieurs paramètres dont la plupart sont inconnus :

R : nombre d’étoiles dans la Voie Lactée ;
fp : pourcentage d’étoiles ayant des planètes ;
ne : pourcentage de planètes favorables à la vie ;
fl : pourcentage de planètes où la vie est apparue ;
fi : pourcentage de planètes où l’intelligence est apparue ;
fc : pourcentage de planètes où une civilisation technologique est apparue ;
L : durée de vie moyenne d’une civilisation technologique (exprimée en années).

L’équation de Drake est aussi simple que fascinante. À première vue, fournir une estimation globale pour la solution ne semble pas impossible. Plusieurs variables ont été affinées au cours des dernières années, mais au moins trois demeurent encore inconnues.

R : nombre d’étoiles dans la Voie Lactée
Ce nombre est estimé à environ 200 milliards. Actuellement, le taux de formation d’étoiles dans notre galaxie est approximativement d’une par an.

fp : pourcentage d’étoiles ayant des planètes
Aujourd’hui, la découverte de plus de 150 planètes extrasolaires tend à montrer que les planètes sont bien plus répandues dans la Voie Lactée que ce que les astronomes pensaient dans les années 1960.
En outre, des disques protoplanétaires – qui ne sont pas considérés comme des planètes mais comme l’étape préalable à leurs naissances – ont été détectés par de nombreux observatoires dans le spectre de l’infrarouge et du visible, notamment dans une scène spectaculaire de la nébuleuse d’Orion, une des régions du ciel les plus prolifiques en étoiles.
Au moins 50 % des étoiles nouvellement nées seraient accompagnées de planètes. Du reste, de récentes observations dans les ondes submillimétriques ont montré de nombreux disques de poussières ténus, c’est-à-dire des planètes en formation par accrétion des poussières et du gaz environnant, autour d’étoiles plus âgées. L’apparition de planètes serait, somme toute, un processus banal.
Aujourd’hui, un consensus semble se dégager autour d’une valeur de fp à 0,05. Environ 5 % des étoiles non binaires posséderaient un système planétaire. Toutefois, nos technologies ne nous permettent pas de détecter des planètes telluriques, aux masses équivalentes à celle de la Terre. Seuls des objets aussi massifs que Jupiter sont catalogués avec certitude. De surcroît, il est très difficile de détecter des objets aux orbites similaires à celle de la Terre autour du soleil.
Avec un tel manque de données, le taux retenu de 5 % des étoiles possédant un système planétaire pourrait vraisemblablement croître dans la prochaine décennie pour atteindre 50 %, voire 100 % pour les astres de type solaire. La valeur de fp n’est donc pas figée, et il est vraisemblable qu’elle sera pendant longtemps en hausse.

ne : pourcentage de planètes favorables à la vie
Ce paramètre représente le taux de planètes évoluant autour d’une étoile de type solaire et offrant l’ensemble des conditions nécessaires au développement de la vie telle qu’on la connaît sur Terre. Sa valeur est difficile à définir. Les astronomes ont d’abord pensé que la plupart des systèmes planétaires découverts autour d’autres étoiles seraient semblables au nôtre, à la fois dans la composition et dans les distances interplanétaires. Force leur est de constater que le système solaire apparaît plutôt comme une singularité qu’un schéma répandu.
Si l’on pose que chaque système planétaire autour d’une étoile de type solaire abrite de 1 à 5 objets susceptibles de favoriser l’apparition de la vie, alors la valeur de ne est comprise entre 1 et 5. À l’intérieur du système solaire, Mars et Europe sont considérés comme des régions propices à une biologie balbutiante, et les satellites Callisto et Titan offrent des caractéristiques intéressantes qui vont également dans ce sens.

fl : pourcentage de planètes où la vie est apparue
Les hydrocarbures organiques complexes et les acides aminés, à la base de la vie sur Terre, sont des molécules que l’on trouve abondamment dans l’univers : au cœur des comètes, des météorites et jusqu’à l’intérieur des gigantesques nuages de gaz et de poussières interstellaires. Des tests ont prouvé que des acides aminés, embarqués à bord des météorites qui s’écrasent à la surface de la Terre, sont capables de résister à la fois au dégagement de chaleur pendant la rentrée atmosphérique et au choc de l’impact avec le sol. Aussi l’origine spatiale des premiers éléments fondateurs de la vie, la panspermie, est une hypothèse largement émise sans qu’on puisse toutefois trancher définitivement car la connaissance des premiers stades de la vie est loin d’être établie : d’une part à cause de la difficulté à déterminer la composition exacte d’une Terre prébiotique, et de l’altération de ses éléments au cours du temps, en prenant en compte l’influence des modifications de luminosité de l’astre primaire et le rôle de la Lune ; d’autre part à cause de notre méconnaissance des mécanismes impliqués dans la fabrication de l’animé à partir de l’inanimé. Dans quels environnements ces composants se sont assemblés ? Quels schémas les ont conduits à développer des systèmes capables d’utiliser à leur profit l’énergie présente dans leur entourage ? Quels sont les processus qui ont donné à ces organismes la faculté de se reproduire, puis de s’agréger et de s’améliorer ? L’ensemble de ces réponses permet simultanément de mieux cerner notre origine et de nous renseigner sur les possibilités d’une forme de vie intragalactique.
Nombreux sont les scientifiques qui pensent que la vie peut apparaître dans n’importe quel environnement à la condition que celui-ci soit hospitalier à un moment précis de son histoire. Considérant les données à notre disposition, la valeur de fl peut approcher la valeur unitaire.

fi : pourcentage de planètes où l’intelligence est apparue
La question est de savoir dans quelle mesure une planète, ou une lune suffisamment grosse, possédant une atmosphère et les ingrédients nécessaires à l’éclosion de la vie, située à une distance de son étoile compatible avec le développement de cette vie, peut donner naissance à la conscience. Certains biologistes auront tendance à créditer le paramètre fi d’une valeur forte, en disant qu’à partir du moment où les conditions initiales et leurs fluctuations dans la durée sont suffisamment semblables à celles prévalant sur Terre, et disposant d’une longue période, il n’y a aucune raison d’interdire l’émergence d’une forme de vie dotée de capacités intellectives. D’autres sont pessimistes au sujet de l’émergence d’une forme de vie intelligente extraterrestre. Le plus étrange, c’est qu’optimistes et pessimistes basent leurs conclusions à partir des mêmes observations : nous-mêmes. Les pessimistes ne voient dans notre développement que des improbabilités, alors que pour les optimistes, notre existence est le fruit d’un processus banal, hypothèse que nous adoptons sans réserve et reposant sur le principe de médiocrité de Copernic qui établit que la Terre est une planète appartenant à un système banal, situé dans un bras spiral dans une galaxie sans particularités et occupant une position quelconque dans l’univers (il faut donc comprendre médiocre au sens de moyen). Le principe de médiocrité étendu stipule que la Terre et ses habitants sont un exemple représentatif du cosmos et de ses habitants. Ainsi, la vie intelligente extraterrestre doit être assez similaire à celle que l’on trouve sur terre. Selon cette approche statistique, l’existence de la Terre et de ses habitants est une distribution moyenne parmi des mondes possibles contraints par les lois universelles de la physique. La Terre est un exemple parmi l’ensemble des possibles, et il est plus probable qu’elle figure parmi les cas normaux plutôt qu’elle soit l’expression d’une forme atypique de développement.
Mais, par ailleurs, la valeur de fi se réduit dès lors qu’est considéré le problème de la stabilité du biotope planétaire dans la durée. Des simulations réalisées sur ordinateur montrent que des planètes similaires à la Terre seraient déstabilisées dans des systèmes où évoluent plusieurs planètes de masse comparable à celle de Jupiter. Les effets gravitationnels engendrés par ces objets éjecteraient la planète du système en question ou l’entraîneraient en direction de son soleil. En outre, des systèmes planétaires dépourvus de planètes géantes présentent également des instabilités orbitales dommageables à l’environnement dont la vie a besoin pour évoluer. Des simulations montrent que la masse de Jupiter, qui représente plus de 70 % de celle de l’ensemble des planètes du système, agit comme un puissant aspirateur gravitationnel. Cela concourt d’ailleurs à notre protection contre les risques de collision avec un astéroïde ou un corps cométaire. Sans la présence bienveillante de Jupiter, le taux d’impacts potentiels sur Terre serait mille fois supérieur. Des percussions catastrophiques comme celle survenue il y a 65 millions d’années, provoquant vraisemblablement la disparition des dinosaures, seraient beaucoup plus fréquentes et réduirait d’autant les possibilités qu’une forme de vie évolue vers l’intelligence.
Par ailleurs, des études montrent que les planètes telluriques connaissent des inclinaisons dans l’orbite qu’elles accomplissent autour du soleil. Ces variations peuvent conduire à des modifications climatiques drastiques, qui remettraient en question, ou bien favoriseraient dans certains cas, l’évolution des espèces.
En 1998, quatre scientifiques ont avancé que les périodes glaciaires datant de 760 et 550 millions d’années ont provoqué la glaciation complète de chaque océan, y compris de la zone équatoriale. Ces deux ères auraient pu ainsi favoriser de nouvelles formes de vie et contribuer à l’émergence du Précambrien. La Terre a connu des périodes d’extinctions massives, témoin son passé géologique. Ces désastres ont toujours été suivis d’un rétablissement rapide, engendrant de nouvelles espèces qui n’existaient pas avant l’extinction. En somme, trop fréquentes, ces crises planétaires décimeraient la plupart des espèces vivantes, alors que trop espacées, elles risqueraient de défavoriser l’évolution.
Par conséquent, la valeur que prendra le paramètre fi sera nettement inférieure à 1, tout en étant extrêmement difficile à cerner (4).

2015-05-8D9CE6B7-6CC3-4357-B6E3-05EC75F6448D

fc : pourcentage de planètes où une civilisation technologique est apparue
Le lien entre intelligence et technologie est-il évident ? La technologie est-elle l’aboutissement fatal de l’intelligence, ou un aboutissement parmi d’autres ?
La technologie nécessite des facultés de préhension : sans une main pourvue d’un pouce opposable, l’homme n’aurait pu manipuler. Mais l’intelligence peut-elle se développer sans cette faculté de préhension ? Le dauphin, dépourvu de membres préhensibles, est-il intelligent ? Nous voyons que pour répondre à la question de base, nous devons revenir sur les termes et définir ce qu’on entend par intelligence et par technologie. Volontairement, nous nous limiterons à l’exemple de l’homme.
L’intelligence peut-elle se mesurer autrement que par ses productions, les outils, les objets fabriqués, l’écriture, le calcul ? Nous n’en avons aucune certitude, et il n’est pas inconcevable que certaines races disposent d’une forme d’intelligence sans produits exofacturés autres que des produits purement intellectuels. Mais nous nous limiterons à l’intelligence de type humaine qui a conduit à l’utilisation d’un outillage et à la sophistication de cet outillage.
Concernant la technologie, dans l’équation de Drake, on peut distinguer deux graduations selon qu’il s’agisse de répondre à Fermi (pourquoi les extraterrestres ne sont-ils pas là physiquement ?) ou à Drake lui-même dans le cadre du projet SETI (pourquoi ne détectons-nous aucun signaux radio artificiels en provenance des étoiles ?). En effet, dans le cas de SETI (5), le niveau technologique incriminé est le nôtre depuis plusieurs décades, c’est le niveau nécessaire et suffisant pour émettre des signaux radio (volontaires ou non) à travers la galaxie. Il ne faut pas croire pour autant que nous sommes à l’apogée de cette faculté, car nous sommes loin de balayer toute l’étendue du ciel en émettant un signal de forte puissance, comme nous sommes loin d’écouter et d’analyser tous les signaux radioélectriques en provenance de l’espace. Dans le cas de Fermi, le niveau technologique requis est celui qui permet de voyager d’étoiles en étoiles. Notre civilisation ne le possède pas, mais elle pourrait en acquérir une version pauvre dans le siècle à venir, autant dire une goutte d’eau dans l’océan du temps, autant dire que, là encore, nous le possédons potentiellement. En définitive, nous retiendrons qu’une civilisation technologique est une civilisation ayant, au minimum, acquis les traits scientifiques saillants de notre XXème siècle.
Les sceptiques disent qu’il est anthropocentrique de croire que l’intelligence de type humaine est apparue partout dans l’univers. Drake, lui – comme moi – n’est pas disposé à accepter notre unicité, qui serait finalement une autre forme d’anthropocentrisme.

L : durée de vie moyenne d’une civilisation technologique
Tout comme les paramètres fi et fc, la valeur de L est inestimable, dans le sens où nous ne sommes pas en mesure de l’estimer, ou alors il nous faut lui attribuer une plage très importante de valeurs avec un taux de fiabilité inconnu. Ce facteur L, représentant la durée de vie d’une civilisation ayant acquis un stade qu’on appellera technologique, est, dans l’équation de Drake, un grand sujet d’incertitude et fait l’objet de nombreux débats.
Les plus optimistes pensent qu’une société globalement intelligente – même si l’intelligence n’est pas attribuable à chaque individu qui la compose comme dans l’exemple des sociétés d’insectes où les compétences sont inégalement distribuées – pourrait perdurer jusqu’à 10 millions d’années. Une telle civilisation évoluant sur une si longue période marquerait probablement de son empreinte les corps habitant son système planétaire, ainsi sans doute que les systèmes stellaires environnants sans même invoquer l’utilisation d’une propulsion superluminique. Si cette hypothèse se révélait exacte, l’équation de Drake donnerait une série de résultats très encourageants.
Les pessimistes, s’appuyant sur l’exemple que donne l’espèce humaine, doutent d’un tel scénario. La création d’armes de destruction massive, la démographie galopante, la détérioration de la biosphère, l’épuisement des ressources naturelles sont autant de fléaux létaux entre les mains d’une espèce qui, on ne peut que le constater, fait preuve d’énormes divisions internes génératrices de conflits destructeurs. Aussi n’est-il pas sot d’évoquer la fragilité de ce type de civilisation au moment de son accession à la technologie, qui inclut de fait une technologie de destruction globale. Il paraît probable que l’intelligence aboutit systématiquement à ce moment paroxystique, où l’irruption d’un savoir nouveau met toute l’espèce en danger, sans autre espoir de retour à l’ignorance innocente que de sombrer dans une régression tout aussi dangereuse. Une fois le pas franchi dans la connaissance, il faut vivre avec, à jamais.

C’est très compliqué !

Pour épuiser la question, on doit aussi s’interroger sur la possibilité d’émergence de nouvelles civilisations sur une même planète, ce qui rentre en ligne de compte dans la fixation de L. Si des catastrophes naturelles à l’échelle planétaire ou des guerres dévastatrices éliminaient une partie de la population, on peut envisager que des groupes d’individus seraient capables de survivre. Ces rescapés, pourquoi pas, seraient en mesure de repeupler la Terre en un millier d’années, donnant naissance à une deuxième civilisation technologique qui se développerait sans doute plus rapidement que la précédente. Rien n’interdit d’ailleurs à ce processus de se répéter plusieurs fois. La Terre nous donne-t-elle des signes d’avoir connu une technologie avancée dans son passé ? Rien n’est moins certain, le débat a ses contradicteurs, toutefois l’hypothèse d’un mouvement ondulant d’accessions et de récessions ne peut être écartée. Devant elle, la Terre dispose de plus d’un milliard d’années de longévité avant que le l’expansion du soleil ne provoque une hausse des températures qui éradiquera la vie sous sa forme actuelle. Un milliard d’années pour que notre civilisation se stabilise, ou meure et laisse la place à d’autres entités collectives, c’est plus qu’assez.

Synthèse
Le résultat final de la formule de Drake dépend grandement de L. En fournissant une valeur élevée à ce paramètre, la galaxie devient peuplée de millions de civilisations. La distance moyenne entre deux planètes habitées serait alors comprise entre 150 et 5 000 années lumière, des distances assez courtes au regard de la taille de la Voie Lactée. Si au contraire L est petit, à cause d’un taux d’autodestruction élevé des civilisations technologiques par exemple, on aboutit à un chiffre relativement bas d’une centaine d’unités. Quoi qu’il en soit de L, le jeu des autres paramètres incertains nous entraîne à une solution de l’équation comprise entre un et plusieurs millions, sans nous fournir d’indices sur la marge d’erreur. En somme, cette formule, dans l’état actuel de nos connaissances, ne nous fournit aucun indice fiable allant dans un sens ou dans l’autre, elle n’est que le reflet de nos opinions, c’est un arbre à palabres.

Retour au paradoxe de Fermi

Est-il possible de tirer quelques conclusions si l’on admet l’existence de civilisations suffisamment stables dans le temps et ayant acquis un niveau technologique leur permettant de voyager entre les espaces interstellaires ? Oui, il existe des simulations numériques qui reposent sur plusieurs hypothèses :
- la vie apparaît il y a 9 milliards d’années sur certaines planètes ;
- la première civilisation avancée apparaît entre 3 et 5 milliards d’années plus tard ;
- un faible pourcentage des civilisations survit à la période critique d’autodestruction et construit des vaisseaux interstellaires ;
- la première civilisation qui émerge obéit à une croissance sans interaction, un modèle d’îles ;
- il n’y a pas de conflits perturbateurs entre deux civilisations, (la notion de guerre est-elle d’ailleurs compatible avec une civilisation avancée ?)
- les fronts de colonisation ne s’interpénètrent pas ;
- seules les étoiles de population I, crées lors de la première vague galactique voici dix milliards d’années, sont colonisées.
Dans le pire des cas, le calcul montre que la plupart des étoiles de notre galaxie sont visitées en l’espace de quelques centaines de millions d’années. En reprenant les paramètres de départ, cela signifie que des civilisations parcourent notre galaxie depuis cinq milliards d’années, et que celle-ci est par conséquent complètement colonisée depuis plus de quatre milliards d’années !

Solutions au paradoxe de Fermi

Si l’on accorde quelque intérêt au calcul précédent, sur lequel se reposait Enrico Fermi pour imaginer une colonisation, ou à tout le moins une fréquentation probable de l’intégralité de la galaxie, examinons quelques hypothèses qui expliqueraient pourquoi, paradoxalement, nous paraissons seuls (6) :

Peu de vie

Serions-nous seuls, ou peu nombreux, parce que les probabilités d’apparition de la vie sont très faibles ?
Au fur et à mesure de la progression de nos connaissances, l’idée que la vie est un événement rare et difficilement reproductible s’efface devant une catégorie d’évidences : la vie sur Terre date d’environ 4 milliards d’années, (des traces fossiles dateraient de 4,2 milliards d’années) elle est apparue très tôt, dès que la planète se fut suffisamment refroidie. Même dans des conditions extrêmes de température, de pression, de luminosité, d’atmosphère – quelques fois dépourvue d’oxygène – la vie réussit à se propager dans les lieux les plus inhospitaliers : fosses marines, grottes obscures, glace vive, etc. Découvrir une forme de vie primitive sur Mars, ne serait-ce qu’une vie passée et éteinte depuis des éons, confirmera bientôt cette théorie (les débats sur ce sujet sont vifs, et des scientifiques affirment avoir déjà des preuves de cette vie martienne). En outre, l’existence prouvée des bases de la vie, sous la forme d’acides aminés, au sein des nuages de gaz interstellaires et à la surface des météorites et des comètes montre une vie latente occupant l’espace et les corps célestes sous une forme endémique.
À ce sujet, les experts du rapport Cometa citent que « Les biologistes avancent rapidement dans la compréhension des mécanismes chimiques qui amènent à la vie, et celle-ci apparaît, de plus en plus, comme une nécessité plutôt qu’un hasard ».

Pas de planète viable

Serions-nous seuls, ou peu nombreux, parce que les planètes favorables à la vie développée sont rares ?
Si l’on admet l’existence moyenne d’une planète par étoile, les systèmes solaires abritant une dizaine de planètes compensant les systèmes orphelins, on obtient la somme astronomique de deux cents milliards de planètes au sein de notre seule galaxie nourricière. Cette hypothèse n’est pas du tout déplacée, la découverte toute récente de plus de 150 exoplanètes dans notre environnement galactique proche le confirme. L’application suivante d’un taux pessimiste d’habitabilité, ou de développement, face à un si grand potentiel, laisse une marge de manœuvre importante. Si une seule planète sur mille accueille des conditions favorables à la vie, la Voie Lactée dans ces conditions serait créditée de quelque deux cents millions de planètes favorables !

Ils arrivent ?

La colonisation de la galaxie ne serait-elle pas encore achevée ?
Au vu du peu de temps nécessaire à un essaimage de civilisations galactiques, quelques centaines de millions d’années seulement, proportionnellement à l’âge de l’univers, et même au regard de l’existence d’une étoile de type solaire, il apparaît improbable que celui-ci soit encore en cours et ait épargné la région de la galaxie qui nous abrite.

Impossibilité de bouger

Les voyages interstellaires ne seraient-ils pas possibles ?
Aucune loi connue de la physique n’empêche un tel voyage. Nous disposons déjà de projets réalisables dans un proche avenir, utilisant des techniques de propulsion très lente mais pas beaucoup plus lente que celle utilisée dans le calcul de Fermi. Un tel vaisseau pourrait être une comète ou un astéroïde détourné, creusé, terraformé, équipé de propulseurs et dans lesquels des générations de voyageurs se succéderaient avant d’arriver au terme de leur épopée. Et, soyons patients, qui sait si l’avancée de la science physique ne nous donnera pas un jour quelque formule magique capable de contourner la vitesse de la lumière et la géométrie de notre espace-temps.

Pas les moyens…

Les voyages interstellaires seraient-ils économiquement irréalistes ?
Un objectif comme celui de la construction et du lancement d’un vaisseau à destination des étoiles peut nous paraître d’un coût démesuré et insupportable pour la société. Cela est exact aujourd’hui, dans notre monde actuel. Rien n’empêche que cela puisse évoluer. Qu’en penserait une civilisation disposant d’une source d’énergie illimitée (l’antimatière par exemple), de capacités robotiques démultipliées et d’engins de prospection et de transport à l’intérieur de leur système solaire ?

Pas curieux ?

Rares ou inexistantes seraient les civilisations qui quitteraient leur planète d’origine ?
D’emblée, nous sommes un contre exemple. L’esprit humain est conformé de telle façon qu’il se tend vers l’inconnu. Poussé par le moteur de la curiosité, par le besoin d’étendre ses connaissances, peut-être par le besoin d’accéder à certaines ressources naturelles ou à des territoires vierges pour alléger la pression démographique, l’homme regarde vers le ciel et les continents inconnus. Konstantine Tsiolkovski, le pionnier Russe de l’astronautique l’a très bien saisi en écrivant que « La Terre est le berceau de l’humanité, mais peut-on rester toute sa vie dans un berceau ? ». Serait-ce un trait typiquement humain et n’appartenant qu’à nous si l’intelligence était répandue dans l’univers ? Probablement pas, l’intelligence est un ressort perpétuellement en quête, un système dynamique qui ne peut vivre dans l’immobilisme, mais ce n’est qu’une conviction, bien sûr.

Essoufflement ?

Les civilisations ne vivent-elles pas assez longtemps ?
Si l’on attribue au dernier paramètre de l’équation de Drake une valeur faible, c’est-à-dire que l’on considère que les civilisations avancées n’ont qu’une courte durée de vie, alors en effet, il doit en résulter que la galaxie ne peut être explorée et conquise, et qu’il est normal d’entendre son silence sur les ondes radio. Ce paramètre nous indique qu’il n’existe, à un moment donné, qu’une très petite quantité de civilisations développées, et que vu l’ampleur des distances et des difficultés des voyages spatiaux, la galaxie est un endroit calme. Toute la question est de savoir si cela est un trait fréquent des civilisations, qui ne vivraient qu’un bref instant, l’espace d’un flash existentiel, telles un éphémère d’un jour, avant de s’éteindre dans l’autodestruction ou la sénescence. Mais toutes les civilisations sont-elles comparables à la nôtre ?

Isolés ?

La Terre serait-elle dans une zone spéciale ?
Quelque autorité galactique aurait-elle décrété l’interdiction de toute intervention et de tout déplacement dans notre région ? Ou bien notre région serait-elle naturellement dangereuse et inhospitalière ? La galaxie serait donc colonisée, et nous aurions seulement la malchance de vivre dans un endroit préservé de toute influence externe, une sorte de parc naturel (mais dans un parc, il y a des gardiens…).

Stupidité ?

Au final, le paradoxe de Fermi ne serait-il pas ridicule ?
En cherchant au fond des tiroirs et en poussant la spéculation au-delà du raisonnable, nul doute qu’il nous serait donné d’exhumer quelques théories explicatives supplémentaires, mais le jeu en vaut-il la chandelle alors que nous disposons d’une dernière hypothèse incontournable, parce qu’évidente et embarrassante tout à la fois : les races extraterrestres ont colonisé la galaxie, elles sont présentes sur Terre, depuis des temps reculés, et elles ont décidé de ne pas se faire connaître

Previous post

Guadalupe : l’impact social et historique

Next post

L’énigme du big foot

The Author

Christel Seval

Christel Seval

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*